Avant de quitter la magnifique île de Grenade, nous avons passé deux jours au mouillage de Prickly Bay, au sud de l’île. On n’a vraiment pas accroché avec cet endroit. Des hôtels de luxe, des belles maisons, une zone artisanale… rien à faire ni à voir dans ce trou à rats ! Heureusement nous avons passé une bonne soirée au mouillage avec les deux catas EAGLE et BULLE D’O !
Vendredi 7/03
Debout 5h45. Nous comptons remonter au près serré jusqu’en Martinique (160 milles à parcourir), mais tranquillement, en faisant une première étape à Bequia le soir, une seconde le lendemain soir à Sainte Lucie, et arriver en Martinique le dimanche. Une remontée au près étalée sur trois jours, qui s’annonçait donc ni difficile ni fatigante...
7h, départ. Nous longeons la côte sous le vent de Grenade, le vent est faible, parfois nul, et tourne sans arrêt. Un groupe de dauphins vient jouer avec nous, ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas vus !
Au nord de l’île, le vent s’établit à 20 nœuds, mais il est beaucoup moins Est qu’on ne pensait (au 70°), ce qui signifie qu’on ne pourra pas atteindre Bequia directement en un seul bord et qu’il faudra tirer un petit contre-bord de quelques milles pour atteindre le mouillage où nous comptons arriver dans la soirée. Bon, c’est pas trop grave, on peut y arriver à la nuit tombante.
Mais le vent en a décidé autrement : plus la journée avance, et plus le vent remonte vers le Nord-Est ! Le soir il est au 60°, et nous nous trouvons à une vingtaine de milles à l’ouest de Bequia. Ça ne vaut vraiment plus le coup d’aller y faire escale vu l’heure qu’il est. Donc plus qu’une chose à faire : tracer directement vers la Martinique, puisqu’on est justement sur le bon cap pour y arriver en un seul bord de près. Et puis si nous conservons notre vitesse de 7 nœuds / 7,5 nœuds, on y sera au lever du jour. Allez, c’est parti donc, pour une nuit en mer ! Et pendant ce temps-là, le vent reste soutenu, entre 25 et 30 nœuds, avec une mer dans tous les sens. Le bateau gîte et tape pas mal, la nuit s’annonce agitée. Steph réussit tant bien que mal à nous préparer deux Bolinos (« les bons petits plats tout chauds »…). C’est le seul truc à peu près nourrissant qu’il est possible de préparer à bord, au près, dans ces conditions de vent et de mer, puisqu’il n’y a que la bouilloire à faire chauffer ! (Et encore… verser l’eau chaude dans le pot en plastique sans s’ébouillanter demande toute une organisation !)
Ce bon dîner avalé (moins copieux que chez Patrick’s certes…), nous commençons les quarts de nuit. Mais les chocs et le bruit du bateau qui tape dans le fort clapot m’empêchent de trouver le sommeil. Nuit blanche, donc. Steph réussira quant à lui à dormir une petite heure.
Vers 4h du matin, le vent continue de vouloir nous contrarier : il oscille maintenant entre le 50° et le 40°, nous obligeant à nous écarter de plus en plus de la trajectoire prévue initialement ! On n’aperçoit même pas Sainte Lucie, dont nous sommes trop éloignés, et qu’on aurait dû longer. On regarde notre trajectoire sur MaxSea, et ce n’est guère encourageant : si le vent continue à se maintenir ainsi, on ne peut même plus atteindre la Martinique en un seul bord de près ! On hésite à virer de bord, afin d’aller se recaler sur la route prévue initialement… chose que finalement nous ne ferons pas. Nous continuons donc plein nord, en espérant que le vent jouera en notre faveur au lever du jour…
Dimanche 8/03
Lever du jour. Non seulement nous nous trouvons à 32 milles à l’ouest de la Martinique, mais en plus, au moment où nous virons, le vent repasse… à l’EST !!! Et ça, c’est vraiment pas fait pour arranger nos affaires ! Nous voilà donc parti au 140° ! En tenant ce cap, on vise à peine les Anses d’Arlet, au sud, où nous comptons nous rendre. Une heure plus tard, on vire à nouveau, en espérant que le vent repasse au nord-est.
Vers 10h, plus de vent, et une mer toujours dans tous les sens ! Ah, le vent remonte un peu au 70°, super, on revire, cap au sud-est ! Mais un quart d’heure plus tard, le vent repasse Est, puis de mieux en mieux : Sud-Est !!! Juste la direction dans laquelle on veut aller ! Allez, on revire !
En fin de matinée, on est encore à une vingtaine de milles des Anses d’Arlet. On n’avance pas, c’est l’horreur ! Le vent décide de rester au Sud-Est (ah ! si on avait pu avoir ça cette nuit, on serait arrivé depuis longtemps !), le cap suivi nous fait nous diriger vers le mouillage de Saint Pierre, au nord de l’île. Bon, c’est pas du tout là qu’on comptait aller, mais la fatigue physique et nerveuse commence à se faire nettement sentir, alors nous décidons de rejoindre le mouillage de Saint Pierre, puisque le vent en a décidé ainsi ! Et les Anses d’Arlet, on remettra ça au lendemain ! Ras le bol, on est cuit ! Allez, plus que quinze milles, en route directe, sans bord à tirer…
Et là, comble du comble : alors que nous sommes à 8 milles d’arriver à Saint Pierre, qui se trouve au 40°, le vent tombe , tourne, retourne, et passe au… 40° !!! Pile dans notre nez, une fois de plus ! On a du mal à y croire, cette nav est un vrai cauchemar ! À croire que le vent a décidé de jouer avec nos nerfs, en soufflant à chaque fois depuis la direction où l’on veut aller !
On est tellement à bout physiquement et moralement qu’on décide de finir au moteur jusqu’à Saint Pierre, face au vent. Tant pis, mais là vraiment on en a plus que ras le bol et on n’a qu’une envie : se poser, enfin se poser !
Mais quand ça veut pas, et ben ça veut pas : le vent de Nord-Est se renforce nettement, si bien qu’au moteur, face au vent fort et au clapot, on avance très lentement ! Alors là, c’en est trop pour nos pauvres nerfs, et on pète les plombs !!!!!!! Il est en effet maintenant plus rapide de rejoindre sous voiles, au vent de travers ( !) les Anses d’Arlet (à 15 milles), que de rejoindre Saint Pierre au moteur face au vent (à 8 milles !). Le vent nous fait tourner en bourrique, et depuis le matin on a l’impression de faire des allers-retours devant la Martinique sans s’en approcher ! En fait, le schéma est simple : au nord de l’île le vent est Nord-Est, au sud de l’île le vent est Sud-Est, et au milieu le vent est Est !
Bon, il est maintenant 15h. On avance bien, et surtout vers notre but, enfin !…
Mais arrivés au niveau de la baie de Fort-de-France, le vent tombe, tourne, retourne, et repasse… allez, je vous laisse deviner… EST /SUD-EST !!!! Nous voilà donc à nouveau au près serré (alors qu’au début du bord, on visait largement les Anses d’Arlet en navigant au vent de travers !!!). Il n’est donc plus sûr du tout qu’on puisse rejoindre notre point d’arrivée en un bord !!!! C’est pas croyable… à croire que cela ne finira jamais !
Heureusement, au sud de la baie de Fort-de-France, le vent adonne et repasse Nord-Est. On n’est plus qu’à 4 milles des Anses d’Arlet, 3 milles,…2… 1… peut-on enfin oser y croire ?... Ouiiiiiiiii ! ON Y EST !!!! Dans un état de fatigue extrême, certes, mais on peut enfin se poser et aller dormir, dormir, encore dormir, et vite oublier cette nav, la plus éprouvante et chiante de toutes celles qu’on ait pu connaître ! (Même pas eu la force d’arroser l’anniversaire de Steph au ti’punch !)
Voilà donc comment une nav tranquille de 160 milles en plusieurs étapes peut se transformer en une nav comme celle-ci ! Au lieu des 160 milles qu’on avait prévu de faire en route directe, nous en avons parcouru 205 : soit une moyenne de 6,2 nœuds sur la route réellement effectuée, mais 4,8 nœuds par rapport à la route directe…
Voilà, maintenant le bateau va rester se reposer pendant quinze jours aux Anses d’Arlet, où les parents et cousin/cousine de Steph nous rejoignent ce soir.
A bientôt pour d’autres nouvelles !

Petite Anse d'Arlet